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Agrégat d'enrobé

    La majorité des routes en Europe utilise des enrobés bitumineux comme couche de roulement. Les stratégies d'entretien et de fin de vie de ces routes ainsi que les techniques de démantèlement sont très divergents selon les pays. D'une manière générale, le recyclage  de ces chaussées pour la construction de nouvelles chaussées  est bien inférieur à ce qu'il pourrait être d'un  point de vue technique. Les raisons sont bien souvent économiques. C'est en effet principalement l'aspect économique du processus de recyclage qui détermine la faisabilité du recyclage d'enrobés. Mais lorsque les normes environnementales sont élevées, où lorsqu'une pression politique s'exerce en faveur du recyclage, celui-ci a du succès. En général, les gouvernements peuvent influencer les conditions économiques par des règlements, en prenant notamment en compte l'aspect durable et environnemental du recyclage des enrobés bitumineux.
    Une route subit les assauts du trafic, du temps et des intempéries et ne peut donc pas être conçue pour durer indéfiniment, sans intervention ultérieure. Les travaux d'entretiens inéluctables sont plus ou moins importants, et il est quelquefois nécessaire de déconstruire/détruire la chaussée pour l'entretenir. Les agrégats d'enrobés (AE) proviennent du fraisage de couches de roulement en enrobé, de concassage de plaques d'enrobés, des déchets ou morceaux de plaques d'enrobé et des surplus de production d'enrobé  (appelés « blancs ») (norme NF EN 13108-8, 2006).
     L'utilisation des agrégats d'enrobés en technique routière est subordonnée au respect des exigences technologiques, environnementales et de santé publique. L'emploi passe donc par une démarche faisant intervenir la caractérisation physique, chimique et environnementale, ainsi que la connaissance de la provenance et de la quantité des agrégats à utiliser. Les techniques permettant une nouvelle fabrication de matériaux bitumineux sont multiples et complémentaires et concernent l'utilisation dans un cycle de fabrication à chaud, tiède ou à froid, chacune pouvant être mise en réalisée sur place ou en centrale. A défaut, un usage en remblais routiers est possible. L'ensemble de ces techniques permet, en conciliant les domaines d'emploi, les caractéristiques générales des agrégats, la proportion de ces agrégats dans le produit fabriqué et l'incidence sur l'environnement, d'offrir des choix qui couvrent toutes les couches de la chaussée, et pour tous les trafics.
    Les agrégats d'enrobés sont intégrés à la classification des déchets (annexe II à l'article R541-8 du code de l'environnement) et leur utilisation est précisée dans une circulaire du ministère de l'équipement, datant de 2009. De plus, ils font l'objet d'une norme spécifique NF EN 13108-8 (AFNOR, 2006). Les spécifications de la norme XP 98-135 ont été reprises dans le Guide d'Utilisation des Normes Enrobés à chaud « GUNE » (SETRA, 2008). Quelle que soit leur mode d'utilisation, les agrégats d'enrobés doivent impérativement être conditionnés pour disposer d'une taille adaptée à la technique de recyclage. Ce conditionnement est réalisé soit lors de la déconstruction de la chaussée par fraisage, soit par des opérations ultérieures de concassage criblage. Les granulats de base (diorite, basalte, quartzite…) des enrobés, et donc des agrégats d'enrobés, possèdent  en effet des caractéristiques propres de résistance à l'usure, à l'écrasement et au polissage. Le bitume, qui possède un grand pouvoir agglomérant, est utilisé comme une colle pour lier ces granulats.
    Du point de vue de leur acceptabilité environnementale, leur utilisation en technique routière sera encadrée début 2014 par les règles du guide d'application SETRA « Acceptabilité environnementale des matériaux alternatifs en techniques routière : les matériaux de déconstruction ».
    L'ensemble du réseau routier représente potentiellement un gisement de plusieurs milliards de tonnes d'agrégats d'enrobés. En 2012, le recyclage des AE est plus systématique qu'auparavant, y compris dans des fabrications à basse température. Aujourd'hui est considéré comme faible un taux de recyclage de 10%, moyen entre 10 et 30% et fort taux au-delà. De très nombreux postes d'enrobage sont équipés en France pour permettre le recyclage systématique des AE. Sur le plan technique, les précautions d'emploi concernent principalement les études liées à la connaissance des caractéristiques des granulats et du bitume vieilli qui se trouve dans les agrégats d'enrobés, et aux possibilités de redonner à ce bitume des caractéristiques désirées. Le produit fabriqué ne se soustrait pas aux règles élémentaires des contrôles de fabrication.
    En matière d'environnement, les AE ont fait l'objet d'ICV afin d'alimenter de données les éco-comparateurs disponibles. Plus généralement  l'accent a été mis, selon les techniques, sur les rejets de polluants dans l'atmosphère lors de la fabrication ou dans les eaux et sols de formules avec AE. Lors de l'étude des agrégats d'enrobés, il est nécessaire d'une part de se référer à un inventaire des flux du bitume et d'autre part aux procédés de déconstruction des chaussées qui produisent ces agrégats. Pour le bitume, La référence la plus récente correspond à Eurobitume (2011), qui utilise à la fois des bases de données du métier et des données de la base Ecoinvent (2002). L'inventaire et sa présentation sont disponibles librement sur Internet (http://www.eurobitume.eu/fr/hse/sustainability). Pour les agrégats les données sont rassemblées dans la fiche ACV Agrégats d'enrobés bitumineux. Enfin, des mesures ont été réalisées par le LCPC puis l'IFSTTAR  avec différents partenaires industriels et publics, et pour différents taux d'incorporation d'agrégats d'enrobés en lien avec la mise en œuvre d'agrégats d'enrobés dans de nouvelles chaussées. Dans ce domaine, la recherche est active et évolue de pair avec la réglementation.  Notamment il est à prévoir dans les prochaines années que le gisement d'AE sera mieux exploité du fait de l'augmentation du prix du bitume ; c'est déjà le cas dans certains pays d'Europe du fait d'approvisionnements en bitume moins réguliers.

stock d'agrégat d'enrobé. (source IFSTTAR)